En 2025, le marché européen de la pomme de terre est confronté à un phénomène majeur : un excédent de production qui impacte fortement les prix, notamment dans le secteur industriel. La production continentale a atteint un niveau inédit, dépassant nettement la demande existante, surtout celle liée à la transformation en produits comme les frites. Cette situation engendre une chute significative des prix, fragilisant l’équilibre économique des agriculteurs et les perspectives de développement de la filière. Entre excès d’offre, demandes fluctuant sous l’effet de la concurrence internationale, et contraintes géopolitiques, le marché des matières premières liées à la pomme de terre en Europe traverse une crise profonde toujours perceptible en 2026.
Les producteurs européens, portés par de très bonnes récoltes notamment en France, Belgique, Allemagne et Pays-Bas, ont poussé les volumes à un niveau prévu pour 2030, amplifiant ainsi le déséquilibre entre offre et demande. Ce déséquilibre s’aggrave face à une industrie de transformation qui ajuste difficilement ses volumes d’achat et aux évolutions rapides de la consommation mondiale et européenne. La problématique de la gestion des contrats de vente, souvent décalés ou non respectés, ajoute une pression supplémentaire sur les exploitants agricoles, qui se retrouvent exposés à des risques financiers élevés. Ainsi, la filière entière est contrainte de repenser ses méthodes de production pour mieux s’adapter au marché.
Enfin, il convient d’aborder l’impact de la géopolitique et des échanges internationaux, qui viennent également infléchir les flux commerciaux et donc les prix sur le vieux continent. Entre droits de douane américains, force de l’euro, et émergence de nouveaux acteurs majeurs exportateurs comme la Chine et l’Inde, la concurrence s’intensifie, modifiant en profondeur les équilibres commerciaux traditionnels. Ces facteurs combinés prouvent que le marché de la pomme de terre européenne est à la croisée des chemins, entre excédent de production et adaptation nécessaire face à une demande changeante.
En bref :
- 📉 La production européenne de pomme de terre en 2025 a augmenté de 10%, entraînant un excédent qui pèse lourdement sur les prix.
- 💰 Les prix des pommes de terre vendues en contrat ont chuté de 180 à 125-150 euros la tonne, affectant la rentabilité des agriculteurs.
- ⚠️ Les promesses d’achat des industriels n’ont pas toujours été honorées, fragilisant la confiance dans les contrats à terme.
- 🌍 Le marché européen subit la concurrence accrue de pays émergents et des perturbations dues aux droits de douane et au taux de change euro/dollar.
- 🚜 Face à ce contexte, les producteurs doivent ajuster rigoureusement leurs surfaces cultivées et repenser leur stratégie agricole.
Excédent de production : un paradoxe européen qui déstabilise le marché de la pomme de terre
La dynamique actuelle du marché européen des matières premières liées à la pomme de terre est principalement marquée par un excédent de production. En 2025, la récolte européenne a atteint environ 30 millions de tonnes, soit une progression notable de 10 % par rapport à l’année précédente. Cette augmentation résulte de conditions climatiques favorables et d’une amplification des surfaces cultivées dans les principaux pays producteurs tels que la France, la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas.
En France, réputée être le premier exportateur mondial de pommes de terre, les agriculteurs ont produit des volumes anticipant déjà la demande industrielle de 2030. François-Xavier Broutin, directeur des affaires économiques chez Interfel, expliquait en 2025 que cette croissance rapide dans les surfaces cultivées n’a pas été alignée avec une réelle augmentation de la demande industrielle, notamment dans la transformation pour les frites. Cette situation a provoqué un excès chronique sur le marché, là où les industriels cherchent à sécuriser leur approvisionnement sans surestimer leurs besoins. Cette réalité a débouché sur une crise d’offre impactant injustement les producteurs.
Le phénomène s’étend au-delà des frontières françaises. En effet, des pays comme la Belgique et les Pays-Bas ont également augmenté leurs superficies et leurs rendements, contribuant collectivement à cette surabondance. Or, la demande industrielle – qui représente une part dominante de l’utilisation des pommes de terre européennes – ne progresse pas au même rythme, augmentant seulement modérément et parfois même se contractant.
Cette discordance entre l’offre et la demande génère mécaniquement une baisse des prix sur le marché libre, avec des tarifs variant en 2026 entre 5 et 30 euros la tonne selon les pays. Parallèlement, les contrats d’achat proposés par les industriels pour la récolte 2026 voient leurs prix baisser sensiblement, avec un tarif moyen entre 125 et 150 euros la tonne, comparé à 180 euros précédemment. Cette chute de prix réduit considérablement les marges des agriculteurs, qui se retrouvent confrontés à un dilemme : réduire les surfaces cultivées au risque de perdre leur position commerciale, ou poursuivre une production excessive susceptible d’aggraver l’effondrement des prix.
Les mécanismes d’ajustement du marché sont ainsi mis à rude épreuve en Europe. Cette situation met en lumière la nécessité d’une meilleure coordination entre agriculteurs et industriels, ainsi qu’une gestion plus fine des engagements contractuels. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter ce reportage qui analyse les enjeux de visibilité entre agriculteurs et industriels dans la filière ici.
Facteurs aggravants liés aux contrats et prévisions d’achat
L’un des aspects les plus complexes de cette crise tient aux relations contractuelles entre producteurs et industriels. Les agriculteurs tendent à dimensionner leurs cultures en fonction des engagements pris par les industriels sous forme de contrats à long terme. En 2025, une importante partie de la production a été issue de promesses d’achat anticipé qui n’ont pas été honorées dans leur totalité.
Selon l’Union Nationale des Producteurs de Pommes de Terre (UNPT), ces ruptures de contrat ont profondément altéré la confiance et encouragé la surproduction, puisque les semis avaient été réalisés en amont, avant que la demande effective ne soit clarifiée. Cette asymétrie entre engagement industriel et réalité du marché accentue fortement le risque supporté par les agriculteurs, qui ne peuvent que difficilement gérer la volatilité des prix et la variabilité des volumes demandés.
Face à ces constats, l’UNPT appelle les producteurs à une plus grande rigueur dans le dimensionnement des surfaces avant les semis, traditionnellement réalisés en mars-avril. Cette prudence est indispensable pour éviter que l’excès de production se reproduise et que les prix restent durablement déprimés. La prudence s’impose aussi car la tendance généraliste des industriels pour 2026 est d’acheter moins via des contrats, ce qui augmente l’exposition des producteurs sur le marché libre, plus volatile, et donc susceptible de provoquer des effondrements de prix encore plus marqués.
Voici une synthèse des problématiques contractuelles en 2025-2026 :
- 📉 Diminution du volume d’achats en contrats longue durée par les industriels.
- ⚡ Non respect ponctuel des promesses d’achats, entraînant un déséquilibre offre-demande.
- ⏳ Semis réalisés avant validation ferme des volumes industriels.
- ⚠️ Exposition accrue des producteurs au marché libre et volatil.
- 🔍 Appel à une meilleure visibilité et à des engagements plus réalistes.
Ce cadre complexe pousse la filière à se réinventer. La gestion fine de la demande se pose désormais comme un enjeu majeur pour assurer la stabilité des prix et sécuriser les revenus des producteurs. Pour mieux comprendre les inquiétudes autour des contrats à l’horizon 2026, il est possible de découvrir les détails dans cet article dédié aux contrats de pommes de terre.
Les effets géopolitiques et économiques sur le marché européen de la pomme de terre
Au-delà des dynamiques internes au secteur agricole européen, le marché de la pomme de terre subit des pressions externes majeures liées à la géopolitique et aux échanges commerciaux mondiaux. Les droits de douane imposés par les États-Unis sur certains produits agricoles ont perturbé les flux commerciaux, réduisant les débouchés pour les exportateurs européens. Cette situation agit comme un frein sur l’exportation, alors même que l’Europe est historiquement un acteur central dans le commerce des pommes de terre transformées.
Parallèlement, la force de l’euro face au dollar est un facteur aggravant. Un euro fort rend les exportations européennes plus coûteuses pour les pays tiers, diminuant la compétitivité tarifaire des pommes de terre européennes sur les marchés mondiaux. Cette double contrainte limite la capacité des producteurs à écouler leurs volumes excédentaires à un prix attractif hors d’Europe, ce qui alourdit encore la pression sur les prix domestiques.
Par ailleurs, la consommation européenne connaît un ralentissement, accentuant la contraction du marché interne. Les pays de l’UE montrent des signes de satiété ou de changements dans les habitudes alimentaires, ce qui freine la demande globale. En parallèle, les pays émergents comme la Chine, l’Inde, l’Égypte et la Turquie gagnent en influence et en capacité exportatrice, bouleversant les équilibres traditionnels.
Chine et Inde, en particulier, ont multiplié par dix leurs exportations de frites vers leurs voisins, diversifiant même leurs circuits commerciaux jusque vers l’Arabie saoudite. Cette montée en puissance impacte directement la part des marchés que l’Europe occupait auparavant. La Belgique, premier exportateur mondial de pommes de terre frites, subit ce contrecoup avec une baisse de 6 % de ses exportations en 2025. Ces évolutions commerciales modifient profondément les flux et la répartition mondiale des volumes traités.
Pour illustrer ce contexte complexe, voici un tableau synthétique des principaux facteurs géopolitiques et économiques et leurs impacts :
| Facteur 🌍 | Impact sur le marché européen 💼 | Conséquence pour les producteurs 🚜 |
|---|---|---|
| Droits de douane américains 🇺🇸 | Baisse des flux d’exportation vers les États-Unis ❌ | Pertes de débouchés, pression sur les prix domestiques ⬇️ |
| Euro fort 💶 | Compétitivité réduite à l’export 📉 | Difficultés à écouler les excédents à l’international 🌐 |
| Contraction de la demande UE 📉 | Ralentissement des achats industriels et consommation ⚠️ | Réduction des volumes produits et baisse des prix 💰 |
| Essor export de Chine et Inde 🇨🇳🇮🇳 | Concurrence accrue sur le marché international 💥 | Perte de parts de marché, notamment pour la Belgique 🇧🇪 |
Cette configuration internationale souligne l’enjeu stratégique pour les producteurs européens de s’adapter à une concurrence mondiale accrue. Pour approfondir sur les projets visant à structurer l’avenir de la vente et production, reportez-vous à ces initiatives clés de l’UNPT qui visent à renforcer la pérennité de la filière.
Comment les agriculteurs européens réagissent à la baisse des prix de la pomme de terre
La baisse marquée des prix, combinée à la volatilité des contrats industriels, met sous pression les exploitations agricoles, notamment celles qui ont investi dans des volumes importants de cultures en prévision d’écoulement sécurisé. Cette situation soulève des questions sur les pratiques culturales, la gestion des surfaces et la diversification des activités.
Certains producteurs ont déjà commencé à réduire leurs surfaces cultivées au printemps 2026, conscients que persister à produire au-delà de la demande ne ferait qu’aggraver la situation. Cette démarche de rationalisation des cultures est souvent délicate, car elle nécessite de renoncer à des volumes qui garantissaient auparavant une certaine stabilité financière. Toutefois, les risques d’une nouvelle surproduction et d’effondrement des prix justifient pleinement cette prudence.
Dans ce contexte, de nombreux agriculteurs cherchent à mieux anticiper les tendances du marché. Le recours à des outils de prévision économique, souvent développés via des collaborations entre interprofessions et institutions, permet d’adopter une approche plus réactive et mesurée. À cela s’ajoute un appel croissant à une meilleure transparence et visibilité des engagements contractuels, afin de limiter les déséquilibres entre offre et demande.
Voici quelques stratégies adoptées ou envisagées par les producteurs :
- 🌱 Réduction ou ajustement des surfaces cultivées en fonction des prévisions de demande.
- 📊 Intégration de données économiques pour anticiper les fluctuations de prix.
- 🤝 Recherche de partenariats plus fiables avec les transformateurs via des contrats clairs et réalistes.
- 🌍 Diversification d’exportations vers des marchés émergents ou alternatifs.
- ⚖️ Gestion plus rigoureuse du risque et stratégies de stockage pour éviter la vente à prix bas immédiat.
Cette période difficile fait aussi ressortir des exemples de solidarité et d’innovation dans la filière. Par exemple, certains producteurs bretons ont mis en place des dispositifs d’aide à la gestion des excédents, limitant le gaspillage ou offrant des volumes à des associations caritatives, à l’image de cet agriculteur qui a prévu de donner 90 tonnes de pommes de terre invendues. Ces initiatives contribuent à préserver l’image du secteur tout en travaillant à corriger les déséquilibres de marché.
Pour en savoir plus sur les appels à l’action des producteurs, les enjeux autour de la culture et de la gestion des surfaces, consultez ce point de vue des agriculteurs engagés et témoignages représentatifs.
Perspectives d’avenir : vers un redressement ou une transformation du marché européen de la pomme de terre ?
Face à cette crise durable, la filière européenne de la pomme de terre réfléchit à ses options stratégiques pour retrouver un équilibre pérenne entre offre et demande. Plusieurs pistes sont à l’étude pour redresser les prix et sécuriser les revenus des agriculteurs tout en répondant aux attentes des consommateurs et industries.
Premièrement, il apparaît essentiel d’améliorer la gouvernance au sein de la filière. Le renforcement des mécanismes de contractualisation est une priorité : cela passe par une transparence accrue, une meilleure visibilité des volumes nécessaires et une coordination renforcée entre producteurs et industriels. L’objectif est d’éviter les décalages entre prévisions et achats réels, qui ont largement contribué à l’effondrement des prix récemment.
Deuxièmement, la filière s’oriente vers une adaptation plus fine des surfaces cultivées. Cela comprend des stratégies plus anticipées pour limiter la surproduction, en intégrant des données de marché précises et en témoignant d’une plus grande discipline collective. Cette approche pourrait aider à contenir l’offre mondiale et à soutenir les prix par un meilleur équilibre entre production et consommation.
Troisièmement, la diversification des débouchés apparaît comme une voie prometteuse. Les marchés émergents asiatiques et africains s’ouvrent à la consommation de produits transformés à base de pommes de terre. Exploiter ces opportunités, tout en optimisant les circuits d’exportation existants, pourrait alléger les contraintes du marché européen. Par exemple, des initiatives pour renforcer la présence européenne en Inde ou en Égypte sont en gestation.
Enfin, l’innovation et la durabilité sont au cœur des aspirations pour l’avenir. Améliorer la qualité des produits, réduire l’empreinte environnementale et valoriser les variétés résistantes ou adaptables sont des facteurs qui pourraient contribuer à dynamiser la demande et à renforcer la confiance des consommateurs.
Pour approfondir les enjeux stratégiques en cours, consultez cet article concernant les défis et projets majeurs qui structurent l’avenir de la filière pomme de terre.
Gestion durable et innovations pour stabiliser le marché européen de la pomme de terre
Dans un secteur où la volatilité des matières premières peut fragiliser les exploitations, la quête d’une gestion durable s’impose pour sécuriser le marché et offrir des perspectives aux producteurs. La transition vers des pratiques plus responsables et innovantes est donc un axe déterminant pour stabiliser les prix et encourager un développement équilibré.
Les innovations techniques, qu’elles concernent les semences, les techniques culturales ou les outils de gestion numérique, visent à augmenter la résilience des exploitations face aux incertitudes du marché. Par exemple, de nouvelles variétés de pommes de terre à haut rendement mais avec une plus forte résistance aux maladies ont été développées et progressivement adoptées par les producteurs depuis 2024.
L’amélioration des systèmes d’information et la digitalisation des échanges contractuels permettent aussi une meilleure synchronisation entre la production et la commercialisation. Grâce à ces outils, les agriculteurs peuvent ajuster plus finement leurs décisions de semis en fonction des signaux du marché et des engagements confirmés des industriels.
Par ailleurs, la prise en compte des enjeux environnementaux pousse la filière à réduire son empreinte écologique, notamment via l’optimisation de l’utilisation de l’eau et des intrants, ainsi que par l’adoption de pratiques agroécologiques. Cette démarche contribue à satisfaire une demande grandissante pour des produits plus responsables, ce qui pourrait à terme renforcer la valeur perçue de la pomme de terre européenne.
Voici quelques axes majeurs des innovations et de la gestion durable en cours :
- 🌿 Développement et adoption de variétés résistantes et à haut rendement.
- 📱 Mise en place de plateformes numériques pour améliorer la visibilité entre producteurs et industriels.
- 💧 Optimisation des ressources naturelles pour une agriculture plus durable.
- ♻️ Réduction des pertes et valorisation des excédents via des circuits alternatifs.
- 🔧 Formation continue des agriculteurs aux nouvelles pratiques et technologies.
Cet effort collectif est crucial pour bâtir un avenir plus stable et prospère à la filière. Ces transformations sont d’autant plus nécessaires que les fluctuations du marché mondial des matières premières agricoles s’intensifient. Les innovations participent donc non seulement à réguler l’offre mais aussi à renforcer la compétitivité et l’attractivité de la pomme de terre européenne.
Pourquoi y a-t-il un excédent de pomme de terre en Europe ?
L’excédent est dû à une augmentation trop rapide de la production, supérieure à la demande industrielle, provoquée par de bonnes récoltes et une expansion des surfaces cultivées dans plusieurs pays européens.
Comment les prix de la pomme de terre ont-ils évolué en 2025 et 2026 ?
Les prix ont chuté, notamment ceux des contrats industriels qui ont baissé de 180 euros la tonne à environ 125-150 euros, tandis que les prix sur le marché libre peuvent descendre entre 5 et 30 euros la tonne.
Quels sont les principaux défis pour les producteurs agricoles européens ?
Ils doivent gérer des incertitudes sur les ventes contractuelles, ajuster leurs surfaces cultivées, faire face à la concurrence internationale et s’adapter à la volatilité du marché.
Quel rôle jouent les facteurs géopolitiques dans cette crise ?
Les droits de douane américains, la force de l’euro et la montée en puissance des exportateurs asiatiques modifient les flux commerciaux et réduisent les débouchés pour les exportations européennes.
Quelles innovations peuvent aider à stabiliser le marché de la pomme de terre ?
L’adoption de variétés résistantes, la digitalisation des échanges, l’optimisation des ressources et la valorisation des excédents contribuent à une meilleure gestion durable du marché.