En 2026, le secteur de la pomme de terre en France se trouve à un carrefour décisif. La deuxième édition du salon Pro Pom’ tenue à Arras et le vingtième congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) ont permis de réfléchir en profondeur aux enjeux actuels face à un marché moins stable. Trois projets majeurs impulsés par l’UNPT visent à orienter la production vers plus de rationalité, d’organisation et de contractualisation, afin d’assurer la pérennité et l’innovation au sein de la filière. Sous la présidence de Geoffroy d’Evry, ces initiatives s’inscrivent dans une démarche d’agriculture durable et de technologie agricole avancée, indispensables pour répondre aux exigences croissantes en termes de qualité et de soutenabilité.
Ce contexte économique incertain impose plus que jamais une gestion fine des surfaces cultivées, un suivi attentif des contrats liant producteurs et industriels, ainsi qu’une organisation collective renforcée pour équilibrer pouvoir économique et diversité des débouchés. Chaque projet explore des voies innovantes pour adapter la filière pomme de terre aux mutations du marché, dans un souci constant d’innovation et de respect de l’environnement. En réponse aux excédents de production et aux fluctuations des marchés, l’UNPT propose des solutions concrètes et pragmatiques pour soutenir les producteurs et valoriser efficacement la production nationale.
- 🌱 Rationalisation des surfaces de culture pour maîtriser coûts et risques.
- 🤝 Renforcement de la contractualisation pour protéger les intérêts des producteurs.
- 🔧 Organisation collective de la production pour diversifier les débouchés et regagner du pouvoir face aux acheteurs.
- 📈 Innovation et agriculture durable au cœur des projets pour garantir qualité et soutenabilité.
- 💬 Dialogue et actions syndicales pour défendre la filière dans un marché agité.
Rationaliser les surfaces cultivées : une stratégie pour maîtriser la production et les coûts
Le premier projet majeur de l’UNPT porte sur la nécessité de raisonner les surfaces de culture afin d’éviter les excédents et les déséquilibres sur le marché de la pomme de terre. Geoffroy d’Evry insiste sur l’importance pour les producteurs d’avoir une meilleure conscience des coûts réels liés à la production d’un hectare, notamment dans un contexte où la demande industrielle tend à diminuer.
Depuis 2020, la superficie consacrée à la pomme de terre en France a augmenté de manière significative, passant de 158 000 hectares à 200 000 hectares en 2025. Cette croissance, bien qu’assurant une production abondante, a aussi engendré des excédents parfois difficiles à écouler, notamment en raison d’un marché moins dynamique pour les industriels. Par exemple, certains producteurs ont dû faire face à des récoltes massives qui dépassaient largement la demande en chips ou frites industrielles, poussant les stocks à des niveaux problématiques.
Dans ce contexte, un ajustement des surfaces semble essentiel pour redresser les prix et préserver les marges. Pour illustrer ce point, imaginons Jean, un producteur situé dans le Nord de la France, qui a décidé de réduire son exploitation de 20 hectares en 2026. Son objectif est de conserver une qualité optimale de sa production tout en limitant les frais de production non couverts par un prix de vente trop bas. Ce choix stratégique lui permet d’équilibrer sa trésorerie malgré une contraction du marché industriel local.
L’UNPT encourage ainsi tous les cultivateurs à analyser précisément leurs coûts, notamment les dépenses en intrants, main-d’œuvre et irrigation, et à anticiper les fluctuations de la demande. Rationaliser les surfaces est un moyen d’éviter les pièges d’une production trop abondante qui tire les prix vers le bas. Ce raisonnement s’inscrit aussi dans une logique d’agriculture durable, en limitant le gaspillage de ressources et en optimisant la fertilité des sols sur des parcelles bien sélectionnées.
La contractualisation, un levier majeur pour sécuriser la production et protéger les producteurs
En parallèle de la gestion des surfaces, l’UNPT souligne l’importance fondamentale de porter une attention renforcée aux contrats passés entre producteurs et acheteurs. Geoffroy d’Evry met en garde contre certaines dérives contractuelles qui peuvent mettre en danger la viabilité des exploitations.
En effet, des clauses abusives ont été relevées, notamment concernant les rendements de base stipulés dans les contrats. Par exemple, un contrat garantissant un revenu sur la base d’un rendement de 30 tonnes par hectare est jugé déloyal, car très loin de la réalité habituelle qui tourne plutôt autour de 40 à 45 tonnes/ha. Ce genre de clause peut attirer maladroitement le producteur dans un engagement déséquilibré, lui faisant courir un risque important en cas de récolte moindre.
Le syndicat rappelle qu’en période de marché tendu ou à retournement, la contractualisation doit tendre à protéger avant tout les producteurs, qui sont souvent la partie la plus vulnérable face à la puissance industrielle. À titre d’exemple, dans les années précédentes, notamment en période de marchés libres élevés, les contrats ont protégé les acheteurs. Aujourd’hui, le rapport de force est inversé et il serait normal que les clauses contractuelles bénéficient prioritairement aux producteurs pour assurer leur rentabilité.
Si ce constat n’est pas pris en compte par les industriels, l’UNPT n’hésitera pas à mettre en œuvre des actions syndicales pour défendre les intérêts des producteurs. Cet engagement ferme souligne la volonté de l’Union de construire une filière à la fois plus juste et durable, où la qualité et la soutenabilité sont valorisées.
Cette vigilance contractuelle se traduit par un travail d’information intense. L’UNPT organise des sessions de formation et de sensibilisation pour permettre aux producteurs de mieux lire et négocier leurs contrats. Cette démarche proactive est essentielle pour éviter de tomber dans des pièges juridiques, qui pourraient avoir de lourdes conséquences financières.
Organisation collective : renforcer la filière pomme de terre face aux enjeux de marché
L’organisation collective de la production constitue le troisième pilier des projets de l’UNPT. La réforme européenne sur l’Organisation Commune des Marchés (OCM), attendue en validation, ouvre de nouvelles possibilités en permettant à un producteur d’adhérer à plusieurs organisations de producteurs (OP) selon ses débouchés spécifiques.
Concrètement, un exploitant pourrait ainsi être membre simultanément d’OP dédiées à la pomme de terre pour frites, chips, flocons ou encore pour le marché frais. Cette diversification permet de répartir les risques et d’exploiter plusieurs débouchés, ce qui évite la dépendance excessive à un seul segment industriel. L’argument est clair : face à des acheteurs de plus en plus concentrés, notamment les grandes et moyennes surfaces (GMS) qui cherchent à réduire les coûts, les producteurs doivent s’organiser pour retrouver un pouvoir de négociation équilibré.
À travers ce renforcement organisationnel, l’UNPT ambitionne de faire de l’OP un véritable outil économique retenant plusieurs bénéfices : optimisation des ventes, mutualisation des moyens de production et de commercialisation, meilleure visibilité des débouchés et gestion améliorée des stocks. Par exemple, la coopérative locale de Bazouges-la-Pérouse a récemment mis en œuvre ce type d’organisation collective, permettant à ses adhérents de mieux contrôler les volumes et la qualité des pommes de terre livrées aux différents marchés.
| 🚜 Critères d’organisation collective | 🌿 Avantages pour la filière | 📉 Impacts attendus sur le marché |
|---|---|---|
| Adhésion multiple aux OP selon les débouchés | Réduction du risque économique par diversification | Diminution des excédents et meilleure gestion des volumes |
| Mutualisation des capacités de production | Optimisation des ressources et amélioration de la qualité | Renforcement du pouvoir de négociation face aux GMS |
| Cadre juridique spécifique aux organisations | Protection accrue des producteurs sur le plan contractuel | Stabilisation des prix à moyen terme |
Cette réforme représente un progrès décisif vers une filière plus robuste, où la qualité et la soutenabilité s’intègrent pleinement à la logique de production. Elle s’inscrit en vérité dans un mouvement général plus large de modernisation et d’innovation porté par l’ensemble du secteur agricole français, déterminé à relever les défis de la compétitivité et de la transition écologique.
Innovation technologique et agriculture durable : des leviers indispensables pour l’avenir de la filière pomme de terre
Un fil conducteur fort relie les trois projets : l’innovation en matière de technologie agricole et le passage à une agriculture durable. Ces deux aspects sont désormais incontournables pour assurer un avenir pérenne à la filière pomme de terre.
Parmi les innovations les plus marquantes, on compte l’usage accru d’outils numériques pour le suivi agronomique (sensoriel, drones, modélisation des sols), permettant d’optimiser les interventions et de réduire les intrants. Jean-Marc, un producteur bio engagé en Ille-et-Vilaine, témoigne qu’il a pu réduire l’usage des pesticides tout en maintenant la qualité de sa production, grâce à un pilotage fin basé sur des données précises. Cela contribue à une meilleure durabilité environnementale et à une valorisation accrue sur le marché.
De nombreux dispositifs technologiques sont également développés pour la lutte intégrée contre les maladies et parasites, un enjeu crucial pour diminuer l’impact environnemental des cultures. Ces avancées participent à renforcer la qualité gustative et sanitaire des pommes de terre, répondant aux attentes des consommateurs de plus en plus exigeants.
L’UNPT met tout en œuvre pour accompagner ses adhérents dans cette transition, à travers des formations techniques et la promotion de démarches certifiées. Par exemple, la production bio à bas coût en circuits courts, ou encore la recherche sur des variétés plus résistantes, s’inscrivent dans cette stratégie globale. L’ambition est double : conjuguer innovation technologique et respect des équilibres naturels afin de pérenniser les exploitations.
Actions et initiatives concrètes pour soutenir la filière face aux excès et à la volatilité du marché
Face aux défis posés par des excès de production et un marché instable, l’UNPT déploie diverses mesures concrètes. Par exemple, la gestion des surplus fait désormais l’objet d’une attention particulière, pour éviter le gâchis et favoriser la redistribution aux filières alternatives.
Récemment, une initiative a été mise en place dans le Nord de la France afin d’offrir aux consommateurs des lots de pommes de terre bio à prix réduit, notamment lors de périodes de surproduction. Ce type d’action démontre qu’il est possible d’associer qualité, prix attractifs et soutenabilité sociale. La démarche s’inscrit dans une économie circulaire voulue par l’UNPT.
Découvrez aussi comment un producteur généreux a décidé d’offrir plus de 90 tonnes de pommes de terre invendues à des associations caritatives, évitant ainsi le gaspillage alimentaire tout en créant un lien solidaire. Ce geste, relaté récemment sur informatique.tv, illustre parfaitement la nécessité d’alliances fortes entre acteurs locaux.
- 🌾 Encourager la diversification des débouchés pour absorber les excédents.
- 🍽️ Soutenir la redistribution vers des filières alimentaires alternatives.
- ♻️ Favoriser l’économie circulaire et les pratiques durables.
- 🤝 Impliquer les acteurs locaux dans des projets solidaires.
- 📊 Mettre en place un suivi statistique précis pour anticiper les fluctuations.
L’UNPT reste attentive aux évolutions législatives européennes et nationales, notamment avec la réforme de l’OCM en cours, qui représente un levier essentiel pour permettre aux producteurs de mieux s’organiser juridiquement et économiquement. S’appuyer sur ces avancées permettra de construire un avenir où la filière pomme de terre sera plus performante, plus résiliente et plus respectueuse de l’environnement.
Pourquoi est-il important de raisonner les surfaces de pomme de terre ?
Raisonner les surfaces permet d’éviter les excédents de production, d’équilibrer l’offre et la demande, et de maîtriser les coûts afin de garantir la rentabilité des exploitations agricoles.
Quels sont les risques de signer des contrats avec des clauses abusives ?
Les clauses abusives, notamment des rendements de base trop bas, exposent les producteurs à des pertes financières importantes si la récolte est inférieure à ces seuils, compromettant leur rentabilité.
Comment l’organisation collective renforce-t-elle le pouvoir des producteurs ?
Elle permet aux producteurs de mutualiser leurs ressources, de diversifier leurs débouchés et de négocier collectivement dans un cadre juridique qui protège mieux leurs intérêts face aux acheteurs, notamment les grandes surfaces.
Quelles innovations technologiques sont mises en œuvre dans la filière pomme de terre ?
L’utilisation de drones, capteurs et outils numériques pour optimiser les interventions agricoles, réduire les intrants, améliorer la lutte contre les parasites et garantir une meilleure qualité sanitaire et gustative.
Quels sont les bénéfices des initiatives pour la gestion des surplus de pommes de terre ?
Elles contribuent à limiter le gaspillage alimentaire, à proposer des produits de qualité à prix attractifs et à renforcer les liens de solidarité entre producteurs et consommateurs.